Nos Activités 2018

24H du Mans 2018 / Partie 1 / L’aventure d’un club

24H du Mans 2018 / Partie 1 / L’aventure d’un club

Les 24H du Mans, pour notre club, c’est une sorte de point de passage obligatoire pour clôturer une saison que l’on veut riche en événements et en émotions. L’aventure que représente cette épreuve symbolise assez bien tout le vécu de la saison pour le club et ses membres.

Aller au Mans, c’est s’être entrainé toute l’année, avoir avalé des kilomètres de voie verte. C’est rejoindre la planète roller course dans sa globalité, communier avec des pratiquants de tout horizon, c’est rouler sur un circuit hors du commun, c’est prendre part à une expérience inoubliable vécue en équipe. Un défi tant individuel que collectif : dans cet effort collectif, on affronte seul la loi du Bugatti, tour après tour, et les coups portés par le Dunlop, inlassablement.

La vocation course de l’équipe invite chacun à se dépasser, à accomplir sa part de travail. Rallier la ligne d’arrivée après 24H de course avec le plus grand nombre de tours parcourus possible est dans nos gènes. Chacun à son niveau, mais avec la même détermination : travailler pour l’équipe et prendre du plaisir par la même occasion. Inlassablement, durant 24H, chacun veillera à ce que le groupe accomplisse sa mission, s’adaptant aux conditions de course, aux péripéties de chacun avec une solidarité sans faille. Une vie collective qui rend l’expérience de ces 24H (48H en fait) si unique.

Dès le vendredi, une grande partie de l’équipe s’est retrouvée pour se mettre doucement dans l’ambiance. Rencontres détendues avec les amis patineurs, organisateurs, commerçants... La réception des clés de la loge de l’équipe la veille de la course a facilité grandement la vie de tous : rien à porter sur longue distance, car la logistique déployée pour cette course est assez unique et conséquente. L’option loge choisie par la direction du club aura, 24H avant le départ, la vertu de garder calme et fraiche l’équipe. Pas de stress ou de coup de speed, pas de timing serré. Juste le bonheur d’être là, dans les meilleures conditions et prêts à savourer pleinement ce que les 24H de course vont avoir à nous offrir.

Le Mans, on en parle depuis tellement longtemps, presque depuis la création du club, en se disant que c’est l’apogée de notre saison. Ce moment de vie collective, autant que le tracé mythique et cet asphalte neuf qui nous fait tant rêver, on l’attend tous. La force de chacun sera la force de l’équipe, et chacun a hâte de faire parler la poudre !

Samedi enfin, c’est jour de course. L’ensemble de l’équipe est réuni, et certains vont prendre part à la parade quand les autres commencent à mettre en place la zone de vie, de repos que sera la loge. Pour la première fois, personne n’est pressé. C’est le moment de quiétude et de repos avant le grand rush du début d’après-midi, qui verra l’ouverture des portes de l’accès au paddock et que nous avons vécu côté loge : comme au premier jour des soldes ou à l’entrée d’un concert de rock star, certains font la queue depuis des heures devant la porte, et à l’ouverture, c’est le sprint. Une course folle et irraisonnée pour poser un roller à un endroit, un autre à un autre endroit pour dire : « Ici, c’est ma place ! ». La course n’a pas encore commencé, mais il faut comprendre que chez certains, déjà, si. Place à l’installation des tonnelles, de la zone de vie active à proprement parler, qui sera en extérieur (les boxs sont si étroits et si encombrés). Il fait chaud, très chaud, et il va falloir clairement faire attention, bien boire, et se surveiller les uns les autres. D’ailleurs, dans ce moment d’avant course, Ludo ne parait pas en grande forme : petite mine, besoin de dormir (on saura plus tard que l’épreuve lui a collé un très gros coup de stress, la magie du Mans a encore fait des siennes !!!).

Petit à petit, on passe tous en mode course : Ugo fait la qualification et Kéo fera le départ. La stratégie est en place avec un planning précis et détaillé. Chacun sait ce qui l’attend. Il va falloir vivre tout cela maintenant. Ugo place l’équipe à la 38è place sur la grille de départ… Excellente qualification. Si seulement cela pouvait être prémonitoire… Pas d’objectif précis pour l’équipe, mais pour le coach, compte-tenu de la valeur estimée de chacun, un Top 50 serait un magnifique résultat, même si la réussite se trouve ailleurs, dans le plaisir et le dépassement de chacun et dans la valeur du vécu collectif.

Maintenant il reste une grosse heure à Kéo pour se préparer au départ, le premier de sa jeune carrière au Mans. Un peu de pression, mais pas d’impératif, le départ, pour une équipe comme la nôtre qui ne vise pas le haut du classement, n’est pas vital : Kéo a le droit de prendre le temps de chausser (il en abusera finalement !!!). Il va partir pour deux tours, puis Ugo prendra le relais, puis Ludo, Yan… Et les groupes, les rotations vont s’enchainer, pendant 24H… Il est grand temps maintenant de s’y mettre ! Il fait chaud. Très chaud. Très très chaud ! Ca va être dur, pour tous (mais pour avoir connu la pluie, la chaleur reste la bienvenue, il suffit de boire régulièrement : cela reste finalement toujours une histoire d’eau) !

15H30, à trente minutes du départ, l’atmosphère est bien surchauffée, et pour notre Kéo, le stress est monté d’un cran. L’heure du départ est proche, et c’est un rituel mythique qui l’attend, le Dunlop, et deux tours dans cette ambiance surchauffée avant de pouvoir passer le relai. Ugo et Ludo sont également sur le pont, se mettant en condition. Ce sont 24H dans un autre monde qui vont commencer. Etre à la hauteur, ne pas chuter et assurer les relais sans faute. Le stress se mélange à l’excitation de cette course si particulière. Kéo va prendre sa place sur la grille de départ, déposant ses patins de l’autre côté de la piste. On y est, on est prêt. Il fait chaud. Plus de 300 patineurs sont alignés dans la ligne droite, sur le tapis de la zone d’attente de relai. Les autres patineurs, ceux de toutes les équipes sont là, dans la voie des stands, les tribunes, et la musique annonçant le départ est enfin diffusée, avec le passage de la mascotte… Départ imminent, chaleur écrasante…

16H00, la sirène se met à rugir, et une vague de coureurs s’élance, traverse la piste surchauffée (température de l’air à plus de 32°C, imaginez un peu l’asphalte) et chausse à tout va les patins pour s’élancer à corps perdu vers la montée du Dunlop. Ces gens sont fous !!! Pas Kéo qui n’a pas menti, et prend tout son temps pour bien chausser : pour parcourir les 8.3 km qui l’attendent, il prend grand soin de bien chausser… Et part finalement dans les derniers ! Il profitera donc d’une folle remontée, qui donne le moral. La chaleur est intense, et l’attente en zone de relai met déjà à mal Ugo, Ludo… La température de la piste avoisine les 50°C… C’est une plaque de cuisson que nous avons sous les pieds, la piste renvoyant une intense chaleur vers les patineurs, qui en position aérodynamique profitent pleinement de ce radiateur. A ce petit jeu, notre ami Patrick Ferrand, de Cergy, a achevé son 24H à l’issue de son relai de départ : brûlure des pieds au second degré (fallait pas être pieds nus pour chausser).

Durant les 100 premières minutes de course Kéo, Ugo et Ludo se relaient en assurant un rythme de course déjà élevé, puisque la moyenne de l’équipe se situe à 30km/h avec 50 kilomètres de parcourus sur la rotation du premier trio. Ce sont ensuite Cédric, Valentin et Astrid, qui enchainent pour 100 minutes de relai pour eux également, avec une température qui a enfin fini par descendre doucement. N’empêche qu’il fait chaud et les bidons sont bus en quantité. Les glacières électriques ont du mal à suivre, et les bonbonnes d’eau glacées descendent à vue d’œil. Il va falloir tenir, tenir, tenir coûte que coûte dans ces conditions.

La troisième rotation verra Xavier et Yan se relayer en duo durant une heure, puis ce sera le retour de nos mineurs, qui vont rouler jusqu’à la limite des 22h00 imposées par le règlement. La nuit tombe, la température est devenue plus supportable, et les jeunes vont pouvoir regagner la loge, CLIMATISEE, pour un repos bien mérité. A noter que, dès cette première partie de course, l’équipe a pu s’appuyer sur l’assistance des femmes de la famille Cetnarowski et de Maïa pour assurer le suivi des tours et mettre à jour le planning des coureurs, leur préparer les ravitaillements nécessaires et veiller sur tout le monde. Cette équipe repose sur bien plus que les patineurs, et sa réussite est celle d’un collectif où chaque personne possède une place importante.

Commencent ensuite les 11H00 de course de nuit (22h00 – 9h00) où les relais sont obligatoirement pris en charge par les adultes. Première rotation de trois heures pour Xavier, Ludo et Astrid relayés à 1H00 du matin par le duo constitué de Cédric et Yan. Maintenant, ça ne rigole plus. Nous sommes entrés dans le vif du sujet, avec la gestion de la nuit, les longs enchainements de relais, les courtes phases de sommeil et cette ambiance si particulière qu’est la nuit sur le circuit Bugatti, loin du vacarme diurne du départ, de l’enthousiasme des premières heures de course. Les jeunes se sont bien livrés, au tour des « vieux » d’assurer. A minuit, l’équipe pointait à une belle 46è place au général, une petite surprise qui donnait du baume au cœur pour maintenir cette allure soutenue : seulement un tiers de la course est fait.

Dans cette douceur nocturne, la température n’est devenue que supportable, laissant à la fin de chaque tour les patineurs trempés de sueur, encore. Il faut rester concentrés et vigilants, maintenir l’allure et ne pas faire d’erreur, ne pas se laisser distraire par la musique de fond de la ligne droite des stands permettant d’attendre son équipier de façon agréable. L’enchainement du duo de Cédric et Yan fait mal, et Cédric est pris de crampes au bout de 2H sur les 3H à couvrir. Yan assure alors des doubles relais pour ménager son équipier, et finir au bord des crampes lui aussi à 4H00 du matin, heure de rotation des groupes. Astrid, Ludo et Xavier remettent le bleu de chauffe avec une courte nuit pour à nouveau trois heures et demie de course. Cédric et Yan passent directement au massage avant d’aller se coucher et tenter de dormir (tenter, car pour tous, avec l’adrénaline de la course, les jambes raides et autres, le sommeil est dur à trouver) et reviennent toujours en duo à 7H30 tenir le dernier relai avant le retour très attendu de Valentin, Ugo et Kéo, qui permettront à leurs aînés de pouvoir se reposer un peu (reprise à 11H00 pour un duo d’une heure pour Xavier et Ludo).

Les heures s’enchainent, le classement de l’équipe progresse toujours, doucement, demandant à chacun beaucoup d’efforts. Valentin a tout donné, et paye un peu le zèle des premières heures de course et ne pourra accomplir les derniers tours de course qui lui étaient attribués : le manque d’entrainement, de technique, lui a fait prendre une mauvaise position de patinage, et c’est avec les pieds meurtris (avec la fameuse 3è malléole) qu’il laisse ses équipiers s’organiser pour prendre sa place. Ugo ayant le « privilège » même d’avoir à enchainer lui aussi deux tours successifs ! Le planning est réorganisé en fonction des possibilités de chacun. « Nous ne lâcherons pas » comme aurait pu le dire un célèbre magicien gris. Il en fut ainsi et Ludo a incarné à lui tout seul cette volonté : sourire aux lèvres et remonté comme une pendule, l’envie de dompter le Dunlop était soudainement plus forte que lui ! Tout le monde s’est serré les coudes, a serré les dents et est allé au bout du bout. Il ne restait plus qu’à sortir la calculatrice pour planifier la dernière heure, afin de pouvoir présenter Xavier, dernier relayeur programmé (avec pas moins de trois tours à couvrir pour le finish), au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard. Il faut s’arracher jusqu’au bout, et ce sont les patineurs les plus performants qui prennent en main la fin de course, car maintenant, il y a un classement général à assurer… Tout le monde s’est pris au jeu et il va être possible de boucler la boucle : terminer à la place obtenue lors de la qualification : 38è, ce qui était un résultat difficilement imaginable à tenir avant le départ.

Xavier part cinq minutes avant la fin des relais, et boucle, en cette toute fin de course, après avoir accompli déjà 88km de course, ces trois derniers tours aux 24H du Mans Roller 2018. Il part pour achever cette course, pour valider cette 38è place, pour avoir droit à l’ovation du public, de tous les patineurs, qui comme lors du départ, se sont massés au bord de la piste, en tribune. Tout le monde est dans la ligne droite d’arrivée pour applaudir les coureurs. L’écrire me rappelle quand ce fut mon tour, et me fait à nouveau frissonner. Une tranche majeure de bonheur offerte par le roller, par le Bugatti. Un de ces moments uniques, si court, mais si intense, qui justifie les heures d’entrainements, les sacrifices, et tout ce qui a conduit chacun d’entre nous à aller au bout de cette course. Xavier prend à son tour sa petite part de gloire en levant les bras à l’arrivée. Mythique. Il arrête le compteur de son équipe à 682 km et la 38è place du général. Cette équipe vient d’établir un nouveau record pour la participation d’une équipe sparnacienne aux 24H du Mans Roller : record du nombre de tours accomplis, record au classement général, et record du tour le plus rapide (7’04’’). Cette équipe a fait le boulot, et quel sacré boulot, pour un club qui n’existe que depuis seulement 9 mois. Joli bébé que cette édition du Mans 2018, qui restera dans les annales, forcément.

Un grand bravo à tous, patineurs, encadrants sur place, supporters sur les réseaux et sponsors qui ont permis d’obtenir ce résultat. Là encore, c’est une équipe, vaste, qui est à l’origine de ce succès. Car il ne faut pas avoir peur de le dire, cette participation est un grand succès, et les acteurs de cette course ne sauraient mieux le dire. Qu’avec leurs propres mots. Pour ma part, leurs sourires tout au long du week-end, les rictus de souffrances, l’investissement total de tous sont une bien plus grande récompense que le résultat brut en lui-même.

Fier d’avoir emmené ces personnes jusque-là. Fier d’avoir permis à ce groupe d’exister et d’accomplir cette aventure.

 

Yanick Decelle, Président.

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